LA GESTION DES POISSONS APPÂTS DE L’ONTARIO
MENACE LA BIODIVERSITÉ RÉGIONALE
 
Rouyn-Noranda, le 4 avril 2017. - Le Comité régional de lutte contre les espèces exotiques envahissantes (EEE) est inquiet de voir l’orientation que prend la province de l’Ontario dans le cadre de la révision de la Politique stratégique relative à la gestion des appâts de l’Ontario. Selon le comité, des éléments de cette politique vont à l’encontre de la réglementation adoptée récemment au Québec.
 

Réglementation québécoise

Dans un souci de protection de la biodiversité, le gouvernement du Québec a convenu « qu’à compter du 1er avril 2017,  il sera interdit d’utiliser des poissons appâts vivants partout au Québec. Par ailleurs, afin de réduire les risques de propagation d’espèces indésirables, le Ministère rappelle que les modalités annoncées en 2012, concernant l’interdiction d’utiliser des poissons appâts morts en période estivale sera également effective tel que prévu à compter du 1er avril 2017. Ainsi, seule l’utilisation de poissons appâts morts pour la pêche hivernale demeurera permise, et ce, dans les zones de pêche où la pratique de cette activité était déjà autorisée »[1].
 
À l’ouest du Québec, la rivière des Outaouais fait office de frontière entre les deux provinces. Du côté québécois, la rivière des Outaouais correspond à la zone de pêche 25 et, du côté de l’Ontario, la zone de pêche 12. Pour alléger le texte, la rivière des Outaouais et ses zones de pêche provinciales seront libellées « zone 12/25 ».
 

Réglementation ontarienne

L’Ontario s’apprête à regrouper les zones de pêche 10, 11 et 12 afin de créer la zone de gestion des appâts (ZGA) « D », selon la Politique stratégique relative à la gestion des appâts de l’Ontario. Selon cette nouvelle nomenclature, « les appâts des zones ZGA A, D, E et F seraient autorisés dans la rivière des Outaouais (y compris le lac Témiscamingue) »[2] (voir la figure 1). Ainsi, des poissons appâts vivants provenant des Grands Lacs pourraient être pêchés commercialement, puis vendus et utilisés dans la zone 12/25.
 

Menace écologique

De l’avis du Comité régional de lutte contre les EEE de l’Abitibi-Témiscamingue, ce changement de réglementation menace directement la biodiversité, plutôt que de la protéger. Avec la proposition actuelle de découpage des ZGA et l’autorisation de transport des poissons appâts vivants telles qu’elles sont proposées, les menaces écologiques augmentent pour la rivière des Outaouais, principalement en ce qui concerne l’introduction d’EEE et de pathogènes. De plus, l’augmentation du risque de contamination de la rivière des Outaouais rend vulnérable l’ensemble du bassin versant, en plus de nuire aux efforts du Québec en matière de gestion des poissons appâts. Rappelons que cet immense bassin versant occupe tout l’ouest de la province et compte certaines des plus importantes pêcheries du Québec.
 
Au Québec, les pêcheurs acceptent de grands sacrifices pour réduire le risque d’introduction d’espèces exotiques envahissantes et de maladies par l’usage et le transport de poissons appâts en respectant l’interdiction d’utilisation de poissons appâts vivants. Ces efforts sont moins significatifs dans les plans d’eau transfrontaliers si les appâts-vivants sont permis du côté ontarien de la frontière. Il paraît complètement insensé que, sur un même plan d’eau transfrontalier, comme le lac Témiscamingue et le lac Abitibi, des pêcheurs sportifs puissent utiliser des poissons appâts vivants du côté ontarien alors que d’autres pêcheurs, du côté québécois, ne peuvent même plus utiliser de poissons appâts morts, en saison estivale.
 
Ainsi, pour le Comité régional de lutte contre les EEE, il est primordial que la zone 12/25 demeure une zone distincte au niveau des zones de gestion de pêche et des appâts. De cette façon, cela permettrait de protéger la biodiversité de la rivière des Outaouais, tout en permettant d’uniformiser la réglementation de pêche avec poissons appâts pour les pêcheurs sportifs indépendamment du côté de la frontière où ils pêcheront. Une harmonisation interprovinciale sur la réglementation concernant la pêche et l’utilisation de poissons appâts dans la zone 12/25 est essentielle, dans un souci d’équité et de protection de l’environnement.
 
À propos du CREAT
Le CREAT est un organisme qui regroupe des intervenants de la région de l’Abitibi-Témiscamingue afin de protéger l’environnement, en accord avec les principes du développement durable.
 
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Source :                               
Bianca Bédard, chargée de projets et coordonnatrice du Comité régional de lutte contre les espèces exotiques envahissantes
 
Conseil régional de l’environnement de l’Abitibi-Témiscamingue                       
819 762-5770 - info@creat08.ca - www.creat08.ca
 
[1] Communiqué du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parc, 2017
[2] Politique stratégique relative à la gestion des appâts de l’Ontario : Ébauche aux fins de commentaires du public. http://apps.mnr.gov.on.ca/public/files/er/politique-strat-gique-relative-a-la-gestion-des-app+ots-en-ontario.pdf






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